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Catégorie : Philosophie

Siddhartha- Hemann Hesse

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Je ne vais pas analyser en usant de toute sorte de théories pompeuses l’oeuvre d’Hermann Hesse mais juste peindre un tableau des passages marquants du chef d’oeuvre Siddhartha, avant cela comme à mon habitude je dresserai le portrait de l’auteur en utilisant la délicieuse préface de Jacques Brenner, je n’irai pas jusqu’à dire que la préface procure de semblables émotions au contenu mais elle m’a tout de même étonnée, plutôt, la vie d’Hermann Hesse est fascinante et je m’y suis confondu sur quelques aspects par moment.

Hermann Hesse : Une vie alternative

Hermann Hesse est né le 2 juillet 1877 à Calw, il grandit au sein d’une famille protestante, sa mère était né au Indes et son père d’origine Germano-balte fut pasteur. Il a une enfance difficile, il était souvent en dépression et tenta a plusieurs reprises de mettre fin à sa vie, on retrouve dans son roman l’Ornière quelques péripéties de son enfance. Son esprit rebelle se schématise par un rejet de l’autorité familiale mais aussi scolaire. Il commença des études pour devenir libraire car il avait déjà un lien étroit avec les livres, après un échec il commença a travailler comme mécanicien, métier qu’il trouva trop monotone, puis reprit ses études de libraires plus sérieusement. Quelques années plus tard il deviendra antiquaire.

Depuis l’âge de treize ans j’étais convaincu que je devais être poète ou rien du tout 

Hesse était profondément attiré par les Indes, probablement à cause du contexte familial. Après quelques succès littéraires il part aux Indes en 1911 où il découvre la culture indienne mais il est déçu car il pensait découvrir « le paradis des hommes simples » dont lui avaient si souvent parlé ses parents. Il ajoutera ;

Voilà longtemps que nous avons perdu le paradis, et le paradis nouveau dont nous rêvons , ou que nous voulons édifier, ne se trouvera pas sur l’équateur ni au bord des mers chaudes d’Orient: il est en nous et dans notre avenir d’hommes du Nord

A son retour, la première guerre mondiale débute, sa maison sera détruite et il se retira dans un petit village près de Lugano où il se fit ermite. C’est là qu’il écrira Siddhartha en 1922  dans lequel il se replonge dans l’atmosphère spirituelle Indienne et nous livre un individualisme profond, un rejet familial et une ôde à la nature.

Siddhartha

Je n’ai pas encore bien compris pourquoi les éditeurs s’étaient tous empressés de mettre Gotama en première de couverture et non Siddharta mais sans doute ont-ils plus retenu les leçons de Bouddha que de Siddhartha, je me propose donc avant toute chose de retenir quelques couvertures du livre Siddharta;

Le roman Siddhartha se traite comme un roman éducatif qui suit les pérégrinations de Siddhartha, un jeune Samana en quête de délivrance spirituelle, il quittera son meilleur ami par refus d’embrasser la doctrine de Bouddha et choisira de parcourir un chemin, son chemin, en bravant la peur de l’incertain, il rencontrera l’amour  et aura un enfant, il s’écartera de la paix intérieure et quittera sa famille pour tenter de retrouver ce chemin qu’il ne peut fuir pour enfin communier avec la nature, le Tout.

Suivre sa propre doctrine

Le vrai chercheur celui qui a vraiment le désir de trouver ne devrait embrasser aucune doctrine. Par contre celui qui avait trouvé pouvait les admettre toutes , comme il pouvait admettre toutes les voies, toutes les fins. (p.123)

La quête de la délivrance spirituelle se fait non pas en suivant une doctrine pré-établie où en suivant un maître spirituel nous dit Siddhartha, la voie de la délivrance se réalise par ses propres recherches, ses propres pensées, par la connaissance et par l’illumination c’est ce que dira Siddhartha au Bouddha ( p.50-51) :

Et voilà ma pensée ô Sublime : personne n’arrivera à cet affranchissement au moyen d’un doctrine. A personne ,ô Vénérable! tu ne pourras traduire par des mots et par une doctrine ce qui t’es arrivé au moment de ton illumination 

Le fourvoiement du moi  dans les vers sacrés, les prescriptions rituelles, la mortification, l’avait coincé dans un excès de zèle et dans une supériorité nauséabonde à l’opposé de la véritable Sagesse. C’est pour cela qu’il était allé se perdre dans le monde superficiel et matérialiste des richesses et des plaisirs; la ville. Là-bas le faux Sage, le faux Prêtre, l’usurpateur qui l’habitait s’envola définitivement. Après un écœurement et un désespoir terrifiant, ce fut au tour de l’homme avide et vaniteux de le quitter. Et la suite me direz vous, la voici ;

Du sommeil de l’ancien Siddhartha un nouveau Siddhartha était né.Celui là aussi deviendrait vieux et il lui faudrait aussi mourir un jour: Siddhartha passerait comme passerait toute chose.Mais pour l’instant il se sentait plein de jeunesse et, comme un enfant il s’abandonnait tout entier à la joie. (p.110)

La vie de Siddharta est un long voyage échelonnée de décès et de renaissances vers une destination inconnue en quête du véritable Moi et de la délivrance éternelle.

KEVV

Le Cercle des poètes disparus

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Première leçon de littérature du Professeur Keating

Carpe Diem est une expression latine que l’on rencontre pour la première fois dans les Odes à Leuconoé d’Horace. Dans le poème 11 des Odes, Horace s’adresse à une certaine Leuconoé et essaye de la convaincre de jouir d’aujourd’hui car les lendemains sont incertains, qu’il faut avoir des espérances mais qu’elles soit mesurables par rapport à une vie. C’est la phrase qu’utilise le professeur Keating (incarné par Robin Williams) pour apprendre à ces élèves; d’une part de saisir l’occasion lorsqu’elle se présente, et d’autre part de donner un sens extraordinaire à sa vie car chacun de nous mourra un jour et notre corps nourrira les vers de terres.Voila la maxime que chacun de nous doit garder en tête, peut être que l’âme est immortelle, mais ce dont nous sommes sûrs c’est que le corps lui retournera un jour ou l’autre à la terre qui l’a vu naître.

Deux traductions francaises ; Desportes et Sommer - 1863

Deux traductions francaises ; Desportes et Sommer – 1863

 

Ô Capitaine ! Que la poésie est belle !

C’est sur le vaste thème de la poésie que le professeur donne le cours de littérature à ses élèves, prenant appui sur une introduction tirée du manuel au programme, il leur demande ensuite d’arracher les pages de cette introduction trop scientifique qui démontre la qualité d’un poème par une mesure mathématique de sa métrique de ses rimes et de ses figures de styles.Pour Keating la poésie n’est pas quelque-chose que l’on peut mesurer, c’est avant tout des passions et des émotions qui sont exprimées; »On lit et on écrit de la poésie non pas parcque c’est jolie mais parcque l’on fait parti de l’humanité »dit-il.

Parmi les élèves de la classe figure Todd Anderson, un élève chétif, ayant un grand manque de confiance en lui car toutes ses émotions ils les gardent au plus profond de lui, le professeur Keating lui sera d’une grande aide car sa méthode pédagogique va l’inciter à extérioriser ses sentiments.

Todd Anderson vit dans l’ombre de son frère, tant au niveau de sa vie scolaire que
familiale. Les cours de Keating et sa rencontre avec d’autres étudiants vont modifier la perception qu’il a de lui-même. 

Le sentiment d’incompétence -Héloïse de Visscher

Le sentiment d’incompétence – Héloïse de Visscher

 

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Les tous premiers mots de Keating à ses élèves sont les mots tirés du poème de Whitman, le professeur leur propose de l’appeler soit « monsieur Keating », soit par « ô capitaine! mon capitaine »,  ce poème est une lamentation d’un marin  sur le sort de son capitaine gisant sans vie sur le ponton du bateau. Ce capitaine a sauvé son équipage d’un effrayant voyage. Peut être Keating a voulu devenir se sauveur qui mène ses élèves à bon port ; vers les rivages de la liberté.

Ô CAPITAINE ! MON CAPITAINE !

Ô Capitaine ! mon Capitaine ! fini notre effrayant voyage,
Le bateau a tous écueils franchis, le prix que nous quêtions est gagné,
Proche est le port, j’entends les cloches, tout le monde qui exulte,
En suivant des yeux la ferme carène, l’audacieux et farouche navire ;
Mais ô cœur ! cœur ! cœur !
Oh ! les gouttes rouges qui lentement tombent
Sur le pont où gît mon Capitaine,
Étendu mort et glacé.
Ô Capitaine ! mon Capitaine ! lève-toi et entends les clo­ches ;
Lève-toi — c’est pour toi le drapeau hissé — pour toi le clai­ron vibrant,
Pour toi bouquets et couronnes enrubannés — pour toi les rives noires de monde,
Toi qu’appelle leur masse mouvante aux faces ardentes tournées vers toi ;
Tiens, Capitaine ! père chéri !
Je passe mon bras sous ta tête !
C’est quelque rêve que sur le pont,
Tu es étendu mort et glacé.
Mon Capitaine ne répond pas, pâles et immobiles sont ses lèvres,
Mon père ne sent pas mon bras, il n’a ni pulsation ni vouloir,
Le bateau sain et sauf est à l’ancre, sa traversée conclue et finie,
De l’effrayant voyage le bateau rentre vainqueur, but gagné ;
Ô rives, Exultez, et sonnez, ô cloches !
Mais moi d’un pas accablé,
Je foule le pont où gît mon Capitaine,
Étendu mort et glacé. – Walt Whitman 

 

Conformisme et anti-conformisme 

Sortir du sentier battu et vivre ses passions 

Les valeurs Weltoniennes reposent sur 4 grands piliers ; la tradition, l’honneur, la discipline et l’excellence, c’est dans le marbre psychique de chacun que sont gravés ces maximes, en opposition forte avec la substance des cours du professeur Keating, un véritable bouleversement se produit dès lors chez ses élèves, une invitation à penser par soi même et non par le conformiste. Cette opposition on la retrouve dans le dialogue entre le directeur de l’école lui même ancien professeur de lettres et le professeur Keating ;

Directeur Nolan– Ça a été ma première salle de classe ici vous le saviez ? le même bureau

John- Je ne savais pas que vous aviez été professeur

Directeur Nolan – De lettres, oh, c’était bien avant vous John, quand j’ai du renoncer je l’ai bien regretté… Il me revient des bruits John sur les méthodes peu orthodoxes que vous appliquez à votre enseignement, biensur c’est sans relation aucune avec Dalton et son malheureux exploit, je crois qu’il est inutile de vous rappeler qu’a son âge on est très impressionnable

John-Votre réprimande l’a certainement fort impressionné

Directeur Nolan -Que se passait il dans la cour l’autre matin

John-Dans la cour?

Directeur Nolan-Cette espèce de parade

John – Oh ça , ça c’était un exercice visant à démontrer les dangers du conformisme 

Directeur Nolan – Mais John tout notre système pédagogique est établi et il fonctionne, si vous le mettez en question comment les empêcher d’en faire autant

John  –  J’ai toujours cru que notre mission était d’amener les élèves à réfléchir seul

Directeur Nolan– A leur âge jamais de la vie, la tradition John, la discipline, préparons les pour l’université et le reste suivra de soi

 

La mixité sociale 

Dans le film on retrouve également la critique des écoles pour garçons, et plus généralement pour un seul genre, cette remise en cause de l’establishment en place se retrouve dans la scène où Dalton se lève pour se dénoncer d’avoir écrit dans le journal de l’école un pamphlet sur le sujet.

Dalton – (sonnerie de téléphone, dalton se lève) Académie Welton allo, oui il est là, un instant, Mr Nolan c’est pour vous, c’est Dieu ,il exige qu’il y ai des filles à Welton.

Dalton met en scène l'appel de Dieu pour une mixité dans l'éducation

Dalton met en scène l’appel de Dieu pour une mixité dans l’éducation

 

Liberté de choix et critique de la pression parentale 

Tout au long du film on voit la pression parentale s’exercer sur le jeune Neil Perry dont le père justifie son autorité et plus particulièrement la volonté de faire de son fils un médecin par un sacrifice financier. Aucun sacrifice ni aucun raisonnement ne peut contraindre la liberté de choix. Poussé par un amour inconditionnel qu’il voue au théâtre Neil Perry est cependant un des meilleurs élèves de la classe, on sent bien que le fait d’être le meilleur de la classe devient un prétexte pour pouvoir négocier avec son père sur sa véritable passion théâtrale et sa volonté de prendre des cours. Mais rien n’y change, Mr Perry en vient même à menacer son propre fils de l’envoyer à l’académie militaire…

Neil perry durant la représentation théâtral du Songe d’une nuit d’été de Shakespeare

Neil Perry durant la représentation théâtral du Songe d’une nuit d’été de Shakespeare

C’est ce profond sentiment d’impuissance face à l’autorité de son père que Neil Perry décidera de mettre fin à ses jours.

Le cercle des poète disparus : le livre ( lecture en cours)

Le livre a été écrit après le film, ce qui est assez rare pour être souligné

téléchargement

KEVV


References 

https://fr.wikisource.org/wiki/%C3%94_Capitaine_!Mon_Capitaine!

http://dico.ea.free.fr/juxta_lal/HORODI.PDF

http://www.huffingtonpost.fr/2014/11/25/le-cercle-des-poetes-disparus-25-ans-que-sont-ils-devenus_n_6217150.html#

Introduction à la Philosophie de la Science : Etienne Klein

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Etienne Klein

Etienne Klein est un physicien, professeur à l’Ecole centrale à Paris et directeur du laboratoire de recherche sur les sciences de la matière au CEA (Commissariat d’Energie Atomique), docteur en philosophie des sciences et spécialiste du temps en physique,(Le temps existe-il ?).

Conférence à Centrale Paris  ( 2012 )

Lien entre théorie physique et réalité physique – Galilée et la chute des corps  – Quelques questions métaphysiques –  Que se passe-t-il quand une théorie fait une prédiction contraire à l’observation ? – Comment réagir quand une mesure semble contredire une prédiction théorique ? – Mécanique quantique -Boson de Higgs – Paoli et le neutrino – Principe d’incertitude d’Heisenberg – Théorie de la relativité d’Einstein ou théorie de l’absolu ? -Périhélie de Mercure – Quelles sont les grandeurs physiques qui ne change pas lorsqu’on change de référentiel -L’univers a-t-il connu un instant zéro ? – Le Big Bang .

 

Giacomo Leopardi ; Etude d’un Corpus

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Pour aborder l’oeuvre de Giacomo Leopardi il est méthodiquement indispensable de le situer dans son époque puis peut être de se concentrer sur l’étude d’un corpus composé par exemple de 4 poèmes ( l’Infini , Le genêt , Chant nocturne d’un berger errant de l’Asie et Palinodie) , d’un film ; GiacomoLeopardi, il giovane favoloso, de deux biographies et de recueil d’œuvres par Antonio Ranieri et par Auguste Bouché, de deux livres philosophiques : Les Œuvres morales et le Zibaldone et finir avec une lecture audio de Hotel des grands hommes dans les nuits de France Culture.

Leopardi  [29 juin 1798 –  14 juin 1837]

Leopardi,_Giacomo_(1798-1837)_-_ritr._A_Ferrazzi,_Recanati,_casa_Leopardi

Contexte historique

Peu de temps avant la naissance de Leopardi en 1798 l’Europe connait un bouleversement idéologique et une remise en cause du pouvoir en place notamment à travers la philosophie des lumières mis en pratique en France en 1789 avec la Révolution, le rayonnement de cet événement va affecter l’Italie et des soubresauts populaires apparaissent mais sont vites réprimés , on voit apparaître dans la littérature italienne le champs sémantique de  la nation et de la patrie . En 1791 la Constituante Française annexe l’enclave pontificale du Comtat Venaissin puis le comté de Nice et la Savoie à la suite de cela en 1793 la Sardaigne, Naples et les petits états italiens décident de s’allier pour contrer l’appétit d’élargissement français. En mars 1796, le général Bonaparte est nommé par le Directoire au commandement de l’armée d’Italie et se lance immédiatement dans plusieurs campagnes.Une anecdote raconte que Bonaparte passa un jour par Ricanati et que Leopardi ne sortit pas de chez lui pour le voir passer. Le retour dans la littérature des grandes « âmes » italiennes comme Plutarque, Machiavel, Dante, Michel Ange, du Tasse, de Galilée est en fait un retour politique même si ces illustres hommes n’ont pas tous traités de politique, il s’agissait  de remettre sur le devant de la scène des hommes qui ont fait jadis la grandeur de l’Italie et les opposer à Napoléon Bonaparte.

Carte Européenne en 1812

Carte Européenne en 1812

En 1814, la chute de Napoléon entraîne l’effondrement du régime français en Italie, le congrès de Vienne (1814-1815) se consacre à la réorganisation de l’Europe et donne beaucoup d’importance à l’Autriche qui annexe par la même occasion plusieurs provinces.

Après l’échec de la révolution de 1831 un mouvement national est alors instigué, il se propage dans tous les coins d’Italie avec pour unique objectif l’Unité de l’Italie aussi appelée le Risorgimento qui consiste à un « resurgissement » des racines culturelles de l’Italie, que ce soit à travers la littérature, la peinture ou la musique : on met en avant le passé glorieux du pays pour mieux démontrer la nécessité d’une unification qui redonnerait son poids à l’Italie, on retrouve des poèmes de Leopardi qui loue la grandeur de l’Italie.

L’Auteur et sa Vie ; Perspectives biographique de Leopardi d’après Auguste Bouché Leclerc et Antonio Ranieri 

  • Son enfance fut dure, en effet le Comte Monaldo Leopardi tenait ses fils et sa fille d’une main de fer, autoritaire, conservateur et religieux convaincu, il avait une idée bien définie de ce qu’il ferait de ses enfants plus tard. L’éducation stricte que Leopardi reçu était à la fois une contrainte d’où jaillit son inspiration et une libération car ses lectures, et ses traductions lui permirent de s’affirmer et de trouver en lui certains feux passionnels. Encore jeune il rédige ses Canzoni, et entretient une correspondance avec Giordani, naîtra alors en lui une flamme libératrice et son obsession de quitter Ricanati. Ce joug paternel le rendait malheureux, de plus il engrangeait les difficultés physiques qui le rendait doublement malheureux. Il est aussi en proie à des crises d’angoisses fortes et régulières.
  • Le jeune Leopardi est d’abord un fervent chrétien pratiquant, dans ses premiers écrits il se tourne vers la prière et la miséricorde divine comme ultime recours face au triste sort de la Providence comme dans la Mort un écrit de 1817: « Pour l’hymne au Rédempteur : — Tu savais déjà tout de toute éternité, mais permets à l’imagination humaine que nous te considérions comme un témoignage plus frappant de nos misères. »  Mais très vite il renonce  à la foi et devient athée.

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  • Le patriote Italien ; Leopardi  pensait comme Alfieri que pour régénérer les peuples il faut les retremper dans le sang des martyrs de la liberté, il s’intéresse tel un philologue au penseurs anciens et notamment grecs  et écrit dans Ode à l’Italie :« 0 ma patrie, je vois les murailles et les arcs et les colonnes et les statues et les tours désertes de nos aïeux, mais la gloire , je ne la vois point , je ne vois point le laurier et le fer dont étaient chargés nos  pères d’autrefois.» Ainsi Leopardi utilise la poésie comme outil politique. Et s’oppose logiquement à la France «  […] mais non pas la noire et scélérate France, par qui ta patrie faillit voir son dernier jour. » Ses considérations politiques se figeront définitivement à la suite de la rédaction de l’ode intitulée Brutus -le -Jeune ( Bruto Minore), qui fait partie du recueil publié en 1824 , c’est le testament politique de Leopardi.
  • Leopardi pendant qu’il écrit aperçoit de sa fenêtre une femme dont il s’éprend amoureusement, mais cet amour devint impossible dès lors qu’il apprend sa mort. Un amour qui n’était que souffrance pour lui, il le montrera dans ses poèmes ; II primo Arnore, et Dernier Chant de Sapho.
  • Leopardi quitte enfin le nid familial en novembre 1822 et part pour Rome qu’il déteste de par ses habitants et ses constructions ; « Je n’ai pas encore pu rencontrer un lettré romain qui sous le nom de littérature entende autre chose que l’archéologie. Philosophie, morale, politique, science dut cœur humain, éloquence, poésie, philologie, tout cela est dépaysé à Rome, et passe pour un jeu d’enfants , en comparaison de l’art de trouver si tel morceau de cuivre ou de pierre appartient à M. Antoine ou à M. Agrippa. Le beau de tout ceci est qu’on ne trouve pas un Romain qui possède réellement le latin et  le grec : et sans la connaissance parfaite de ces langues, vous voyez ce que peut être l’étude de l’antiquité. Toute la journée ils babillent et discutent , ils se raillent les uns les autres dans les journaux, ils montent des cabales et des coteries : et c’est ainsi que vit et que progresse la littérature romaine. » Lorsqu’il n’étudiait pas Leopardi écrivait des épîtres à ses frères et sœurs. A Rome un des ses moments les plus émouvant est la visite du  tombeau de Torquato Tasso un grand poète italien et écrivain du 16ème siècle ;  » j’allai visiter le tombeau du Tasse et j’y pleurai. Voilà le premier et l’unique plaisir que j’ai éprouvé à Rome.Il quitte Rome, à la fin d’avril 1823.
  • On retrouve chez Leopardi un scepticisme qui naît de sa vision de la vie ;  » A quoi est bonne notre existence?  ajouté-t-il, à rien qu’à la mépriser. Heureuse alors qu’enveloppée de périls et s’oubliant elle-même, elle ne mesure pas la perte et n’écoute pas le flot des heures croupies et lentes : heureuse alors que, après avoir mis un pied dans la tombe, elle revient plus agréable ». Une vision de cette vie malheureuse et ennuyeuse qui rappelle sans s’y tromper les héros de Lord Byron.
  • C’est dans une de ses lettres en Francais  avec M.Jacopssen un nouvel ami Brugeois qu’il montre un nouvel état d’esprit : » l’art de ne pas souffrir est maintenant le seul que je tâche d’apprendre, parce que j’ai renoncé à l’espérance de vivre. » et ajoutant « Le néant des choses était pour moi la seule chose qui existât. » mais entrant dans des considérations philosophiques sur le bonheur il conclut :  » Qu’est-ce donc que le bonheur, mon cher ami ? et si le bonheur n’est pas, qu’est-ce donc que la vie? Je n’en sais rien. » Et plus loin il enonce :  »  En effet, il n’appartient qu’à l’imagination de procurer à l’homme la seule espèce de bonheur positif dont il soit capable. C’est la véritable sagesse que de chercher le bonheur dans l’idéal, comme vous faites. » A présent Leopardi s’éloigne du pathos et de l’éloquence et cherche la vérité dans le réel.
  • Leopardi qui était revenu à Ricanati y repart aussitôt pour Bologne où il retrouve Giordani et Brighenti et il retrouve de  » l’humanité » , il chemine vers Milan où il est déçu par la ville est ses habitants comme à Rome. Mais c’est dans le salon de la comtesse Malvezzi qui est le lieu du monde où sans doute Leopardi a été le plus heureux car elle l’a convaincu qu’il existait bel et bien des plaisirs qui déroges à l’âpre sort et au vulgaire.En 1827 Leopardi affaiblit physiquement se rend à Florence pour rejoindre Giordani, c’est en ces moments que la vie devient dure et qu’il est las de vivre, il écrit qu’il songe à rentrer à Ricanati pour mourir au milieu des siens…
  • Aides à la compréhension de la pensée de Leopardi , il écrit ceci à 18 ans :

Depuis que j’ai commencé à connaître un peu le beau, les poètes sont les seuls qui  aient fait naître en moi cette ardeur et ce  désir furieux de traduire et de m’approprier ce que je lis ; seules, la nature et les passions m’ont inspiré cette rage de composer, mais d’une manière forte et élevée, en m’agrandissant pour ainsi dire l’âme dans toutes ses parties et me faisant dire en moi-même : Voilà de la poésie! et pour exprimer ce que je sens, il faut des vers et non pas de la prose : et aussitôt de me mettre à versifier. Ne me permettez-vous pas de lire maintenant Homère , Virgile, Dante et les autres grands poètes? Je ne sais si je pourrai m’en empêcher, car, en les lisant, j’éprouve un plaisir inexprimable, et fort souvent, au moment où je suis tran- quille et pensant à tout autre chose, si j’entends quelque vers d’un auteur classique qu’un membre de ma famille me récite par hasard, je me mets immédiatement à palpiter et bon gré mal gré il faut que je poursuive le morceau. Il m’est aussi arrivé de me trouver seul dans mon cabinet , l’esprit tranquille et libre, à une heure favorable aux Muses , et de prendre en main Cicéron. En le lisant, je sentais mon esprit faire tant d’efforts pour se soulever et rester tellement écrasé par la lenteur et la gravité de cette prose que, ne pouvant continuer, je prenais Horace. Eh bien ! si vous me permettez cette lecture, comment voulez-vous que je connaisse ces grands modèles, que j’en goûte, que j’en savoure , que j’en contemple pièce par pièce toutes les beautés et qu’ensuite je m’interdise de me lancer sur leurs traces? Quand je contemple la nature dans ces lieux qui sont, en vérité , charmants (c’est la seule bonne chose qu’offre mon pays), surtout dans cette saison, je me sens tellement transporté hors de moi-même, qu’il y aurait, ce me semble, péché mortel à ne pas m’en occuper, à laisser passer cette ardeur de jeunesse en travaillant à devenir un bon prosateur et à attendre une vingtaine d’années pour m’adonner à la poésie. Dans vingt ans, d’abord, je ne vivrai plus, puis, ces pensées se seront envolées et l’imagination sera plus froide qu’elle n’est à présent.  » Epistolario, I, pag 40 (30 avril 1817).

  • Vers la fin de sa vie Leopardi considère plus intéressant pour ses semblables de se plonger dans la philosophie plutôt que la poésie.Il écrit les Œuvres Morales, il a le sentiment profond que « L’Europe, veut des choses plus solides et plus vraies que la poésie. » c’est à dire une nouvelle philosophie qu’il va s’efforcer de créer.

 

je suis donc je souffre

 

  • Recommandations au lecteur :  » Avant de mourir, je vais protester contre  cette invention de la faiblesse et de la vulgarité et prier mes lecteurs de s’attacher à détruire mes observations et mes raisonnements plutôt que d’accuser mes maladies . » Epislolario, 11, p. 191 (24 mai 1832 ).
  • Le terrible hiver de 1829 à 1830 achève d’épuiser ses forces. Déjà le 5 septembre 1829, il écrivait à Bunsen : « Je ne puis ni écrire , ni  lire, ni dicter, ni penser. Cette lettre , tant que je ne l’aurai pas terminée, sera ma seule occupation, et, avec tout cela, je ne pourrai la finir que dans trois ou quatre jours…. Mort à tout plaisir et à toute espérance, je ne vis que pour souffrir , et je n’invoque que le repos de la tombe « . Sa sœur Pauline écrivait sous sa dictée les quelques billets que l’on trouve dans cette partie de sa correspondance. Enfin c’est dans une nouvelle édition des Canti publié à Florence qu’il les dédicaces à ses amis Toscans et met fin par la même occasion à sa « carrière » littéraire:   » je prends congé des lettres et des études. »
  • Quelques années auparavant Leopardi fait la connaissance d’Antonio Ranieri, il se lia d’amitié avec lui et ne se quittèrent plus. Désormais en route pour Naples Ranieri accepte de l’accompagner vers les hauteurs de Capodimonte, de là il dicte ses derniers poèmes dont le genêt , cette plante qui pousse sur les flans du Vésuve et Parilopomène son tout dernier. Leopardi meurt d’hydropisie en juin 1937 alors même que se repend une forte épidémie de choléra à Naples.

Il ouvrit ses yeux plus grands que d’habitude et me regarda plus fixement que jamais. Puis :  » je ne te vois plus » me dit-il, comme en soupirant. Et il cessa de respirer et le pouls ni le cœur ne battaient plus : et en ce moment même rentrait dans la chambre frère Felice de Sant’Agostino, augustin déchaussé, tandis que hors de moi, j’appelais à haute voix celui qui avait été mon ami, mon frère, mon père – Et il ne me répondait plus et il paraissait me regarder toujours. » Antonio Ranieri 

  • Ranieri s’efforça après sa mort de défendre la pensée de son ami face aux reprises calomnieuses de l’Eglise, il tenta aussi de réunir tous ses écrits avec l’aide de Giordani et d’écrire sa biographie.

Lo Zibaldone

Dans le Zibaldone Leopardi met sur écrits quelques petites idées de lectures, ses écritures sont dénuées de tout système, il essayera plus tard de monter en système ses raisonnements philosophiques pour les constituer en livres mais ses innombrables points de départ le décourage sans doute. Il débute l’écriture du Zibaldone en juillet/août 1817 qu’il conçoit d’abord comme un brouillon, il en rédigera plus de 4000 pages durant 15 ans, il l’appellera Lo Zibaldone qui signifie un mélange en effet il s’agit d’un véritable chaos écrit, un labyrinthe d’idées. Dans ce livre il y a énormément de sujets couverts de toutes les époques,  des pensées , des conférences, des visions, des rêves, de la philologie, de l’histoire des nations, des peuples, de la géographie, de la botanique, de la biologie, des découvertes d’îles, de manuscrits latin et grecs, de traductions, de critiques.

Lo Zibaldone-Leopardi

 

Le genêt ou la fleur du désert

Le poème commence par un épigraphe tiré de l’Évangile selon Saint Jean :

Καὶ ἠγάπησαν οἱ ἄνθρωποι μᾶλλον τὸ σϰότος ἢ τὸ φῶς.
Et les hommes préférèrent les ténèbres à la lumière.
Saint Jean, iii, 19.

et peut se décomposer en 7 paragraphes ;

  1. Le premier paragraphe fait la description d’un plante singulière par ses conditions de vie, cette plante de la catégorie des arbustes c’est le genêt, il pousse dans des endroits arides et des milieux très peu fertiles, il est très résistant que ce soit en cas de températures froides ou de périodes de sécheresse. On le reconnait par ses fleurs jaunes très odorantes. Leopardi les as vu sur le Vésuve, le volcan qui surplombe Naples. Il met en valeur cette plante dans son poème par le fait qu’elle symbolise une renaissance, une nouveauté contrastant avec  la désolation historique, les destructions et la mort passée prenant appui  sans doute sur les éruptions volcaniques qui ont ravagées Pompéi et Herculanum : « Sur ces rives sont gravées les destinées progressives et magnifiques de l’humanité. »
  2. Dans le deuxième paragraphe Leopardi apporte quelques considérations sur le 19ème siècle,un  « siècle superbe et sot  » et essaye de se situer dans ce siècle , il préfère mépriser ce siècle que de louer ce dernier , on peut noter un trait de son pessimisme envers son temps :  » Mais j’aime mieux avoir montré le plus possible le mépris de toi qui se cache dans mon cœur, bien que je sache que l’oubli écrase celui qui déplut trop à son temps. » . Il critique ce siècle là qui  fuit la vérité, la vérité qui est  » l’âpre sort et la basse condition que la nature nous a donnés« .
  3. Ici il parle de la condition de l’homme et émet un avis sur celle-ci;                                                                                                                 « Pour moi, je ne trouve pas magnanime, mais sot, l’animal qui, né pour mourir, nourri dans la peine, dit : « Je suis fait pour jouir », et qui emplit les journaux de son orgueil odieux, promettant sur terre des destinées sublimes et des félicités nouvelles, ignorées de ce monde et même du ciel. » Il ne peut supporter ceux qui prédisent, les oracles optimistes que mère Nature peut balayer d’un coup … Qui pourrait contredire que notre condition humaine est fragile? Leopardi ajoute qu’il y a une noble nature qui voit d’autant plus de folie d’agir selon des valeurs de probités que de la folie présente dans un acte dénué de valeurs.
  4. Dans ce paragraphe Leopardi décrit l’interaction majestueuse entre les étoiles brillantes dans la nuit et la mer, puis retrouve l’immensité de l’univers et relativise sur l’Homme, la petitesse de la Terre et de l’homme par rapport au Tout est une réalité malheureuse, il hésite alors entre deux états de pensée vis à vis de la race humaine : « quel mouvement alors, malheureuse race mortelle, ou quelle pensée enfin se produit à ton égard dans mon cœur ? Je ne sais lequel prévaut, du rire ou de la pitié. »
  5. Leopardi explique plus en détail le phénomène d’éruption volcanique en faisant une comparaison avec la destruction que cause une pomme tombant de l’arbre sur une fourmilière, dans les deux cas phénomène ravageur repend autour de lui le chant de la mort dans une rapidité déconcertante, pour conclure sur un trait de caractère universel de la nature : » La nature n’a pas plus d’estime ou de souci de l’homme que de la fourmi, et si le carnage des hommes est plus rare que celui des fourmis, l’unique raison c’est que chez ceux-là la reproduction est moins féconde. »
  6. Les agriculteurs qui vivent sur les flancs du volcans sont sans cesse en proie à la furie destructrice du Vésuve mais ils ont appris à reconnaître les symptômes de la colère terrestre. Mais la Nature n’est pas inquiète, elle n’a ni morale, ni sensibilité, elle est là c’est tout ;  » Ainsi, ignorant l’homme, les âges qu’il appelle antiques, et la suite que font les petits-fils après les aïeux, la nature reste toujours verte, ou plutôt elle avance par un chemin si long qu’elle semble rester en place. Les royaumes s’écroulent cependant, les nations et les langues passent ; elle ne le voit pas : et l’homme s’arroge la gloire d’être éternel.
  7. Le dernier paragraphe :

Et toi, souple genêt, qui de tes branches odorantes ornes ces campagnes dépouillées, toi aussi bientôt tu succomberas à la cruelle puissance du feu souterrain qui, retournant au lieu déjà connu de lui, étendra ses flots avides sur tes tendres rameaux. Et tu plieras sous le faix mortel ta tête innocente et qui ne résistera pas : mais jusqu’alors tu ne te seras pas courbé vainement, avec de couardes supplications, en face du futur oppresseur ; mais tu ne te seras pas dressé, avec un orgueil forcené, vers les étoiles, sur ce désert où tu habites et où tu es né, non par ta volonté, mais par hasard ; mais tu l’as d’autant plus emporté sur l’homme en sagesse et en force que tu n’as pas cru que tes frêles rejetons aient été rendus immortels ou par le destin ou par toi-même.

L’infini

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L’infini est écrit en 1819, il s’agit d’un poème provenant des « Canti », un recueil composé d’une quarantaine de poèmes. Dans ce dernier l’auteur se consacre à la Nature qui est très liée au courant romantique ,il dresse un portrait momentané du décors qui l’entoure en utilisant la vue et l’ouïe puis laisse vagabonder sa pensée dans le vaste monde de l’Imagination, la combinaison de ces deux mondes le réel et l’imagination forment l’immensité et l’éternel.

Toujours elle me fut chère cette colline solitaire
et cette haie qui dérobe au regard
tant de pans de l’extrême horizon.
Mais demeurant assis et contemplant,
au-delà d’elle, dans ma pensée j’invente
des espaces illimités, des silences surhumains
et une quiétude profonde ; où peu s’en faut
que le cœur ne s’épouvante.
Et comme j’entends le vent
bruire dans ces feuillages, je vais comparant
ce silence infini à cette voix :
en moi reviennent l’éternel,
et les saisons mortes et la présente
qui vit, et sa sonorité. Ainsi,
dans cette immensité, se noie ma pensée :
et le naufrage m’est doux dans cette mer.

Chant Nocturne d’un berger errant de l’Asie

Chant Nocturne d’un berger errant de l’Asie est poème qui est un dialogue dans la nuit avec notre satellite terrestre : la lune, ce chant composée entre 1829 et 1830 est un poème faisant partit des fameux Canti ou Chants. Ces chants sont emplis de désespoir, de questionnements sur la vie, Leopardi prend ici en considération la lune et le berger et les compare en marquant l’opposition mortel/non mortel, il y trouve une répétition morose ainsi qu’une difficulté désespérante dans les tâches quotidiennes.

A quoi sert au berger sa propre vie ?

Il aborde la vie comme un passage éphémère qui condamne les mortels .

Naître c’est risquer de mourir

Il est peut être vrai que la vie est un risque perpétuel face à la mort, Leopardi illustre ainsi la vie comme un lourd fardeau, un malheur éphémère. Cette sublime tristesse de la vie est soulignée dans le poème par l’exemple avec ses parents qui consolent les enfants dès leur naissance et les réconfortent dans leur tourments réguliers.

Si la vie est malheur pourquoi emporter la douleur ? 

La solitude, le Moi et la Mort autant de thèmes de réflexions avec soi-même qui fleurissent et dépérissent chez Leopardi, un questionnement philosophique d’une intensité insoutenable.

jour funèbre est pour qui naît le jour natal 

Pourquoi au final rester en vie si la Vie est insupportable, si c’est un calvaire continu ?

 

Palinodie – Au marquis Gino Capponi

Toujours soupirer ne sert à rien.
Pétrarque.

Il s’agit d’un long poème dont le titre signifie un changement d’attitude , un revirement de bord , dans l’antiquité il s’agissait d’une pièce de vers ou le poète déclarait rétracter des sentiments antérieurs.

Leopardi  commence par dire qu’il s’est fourvoyé dans ses jugements et de beaucoup :

je me suis trompé longtemps et de beaucoup. J’ai cru la vie misérable et vaine, et notre siècle plus insensé que les autres.

On y découvre un Leopardi visionnaire qui prédit la mondialisation, il est étonné par l’accroissement de la puissance des machines qui se développe de plus en plus à cette époque :

L’amour universel, les voies ferrées, la multiplication du commerce, la vapeur, l’imprimerie et le choléra rapprochent étroitement les peuples et les climats les plus éloignés ; et il n’y aura rien d’étonnant si le pin et le chêne suent du lait et du miel, ou encore s’ils dansent au son d’une valse, tant s’est accrue jusqu’ici la puissance des alambics, des cornues et des machines, rivales du ciel, et tant elle s’accroîtra dans l’avenir : car de progrès en progrès vole et volera toujours sans fin la descendance de Sem, de Cham et de Japhet.

Il n’oublie pas que l’homme honnête sera toujours baigné d’une profonde tristesse, il rejetait jadis le mot espérance mais le considère aujourd’hui (lorsqu’il écrit) avec plus de respect (?) ou plus d’ironie …

Mais les grands esprits de mon siècle ont découvert une théorie nouvelle et presque divine ; la voici : ne pouvant faire qu’aucun homme fût heureux sur terre, ils ont laissé de coté l’individu et se sont mis à rechercher si le bonheur général existait, et d’une société dont tous les membres sont isolément tristes et misérables, ils font un peuple gai et heureux. Voilà le prodige que n’ont point encore expliqué les pamphlets, les revues et les gazettes, et qu’admire le troupeau des politiciens.

Une ironie que l’on peut sentir quelques phrases plus loin avec :

Mais je chanterai certainement l’espérance, oui, l’espérance dont les Dieux nous donnent déjà un gage visible : car déjà, principe de la nouvelle félicité, on voit sur les lèvres et la joue des jeunes gens d’énormes poils de barbe

ou encore dans les dernières lignes :

Ris, ô tendre génération ; à toi est réservé le fruit de tant de discours ; tu verras la joie régner ; cités et campagnes, vieillesse et jeunesse marqueront un égal contentement, et les barbes ondoieront longues de deux palmes.

 

Leopardi : il giovanne Favoloso

Ce biopic Historique de Mario Martone qui retrace la vie de Giacomo Leopardi est éblouissant par ses détails historiques, on y voit le jeune Leopardi grandir dans la bibliothèque familiale, rencontrer Giordani, partir à Naples puis Florence, être aidé par son très bon ami Antonio Ranieri qui était un homme à femme, très classe et qui l’aidera dans ses difficultés quotidiennes mais on le voit aussi réciter quelques poèmes dont le Genêt qui met fin au film. Le personnage de Leopardi est incarné par l’acteur Elio Germano qui l’interprète à merveille même si l’on peut nuancer sa prestation dans le fait qu’il surjoue le coté physique (bossu) de Leopardi. Le réalisateur a utilisé les pensées intimes de Leopardi en usant du Zibaldone,le recueil de pensées étudié ci-dessus, ainsi Martone reste au plus près du texte et utilise chaque scène pour faire passer un sentiment de Giacomo, que ce soit la liaison à la terrible Nature, mère de toute les souffrances ou plusieurs fois dans le film l’amertume de l’Amour impossible, tout ceci est tourné dans un cadre très réaliste et magnifiquement reconstitué.

 

 

 

Les œuvres morales ( Operette Morali)

Giacomo Leopardi va mourir jeune à 36 ans, un an avant la fin de sa vie il publie ses œuvres morales qui sont des raisonnements philosophiques en prose, qui seront censurées par le gouvernement du fait de leur noirceur. La pensée philosophique de Leopardi ne peut être réduite en quelques lignes, mais voici quelques traits importants ; la vie est le risque de mourir, l’homme est par conséquent condamné à être malheureux mais il a le droit à rechercher à l’être le moins possible, il a le droit de rejeter la vie qui lui a été imposé sans son consentement.

Il demande à quoi sert une existence bornée et misérable ; il cherche en quoi l’être est préférable au néant, et il en arrive      à s’affaisser, comme les bouddhistes , dans le désir de l’anéantissement. Auguste Bouché 

 

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Le livre est composé de plusieurs parties;  Histoire du genre Humain – Dialogue d’Hercule et d’Atlas– Dialogue de la mode et de la mort -Concours institué par l’académie des Sillographes- Dialogue d’un follet et d’un gnome – Dialogue de Malambrun et de farfadet -Dialogue de la nature et d’une âme – Dialogue de la Terre et de la lune- Le pari de Prométhée – Dialogue d’un physicien et d’un métaphysicien-Dialogue du Tasse et de son dialogue Familier –  etc …

La table des Matières entière :

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On va se concentrer sur quelques extraits:

Dialogue d’Hercule et d’Atlas

Hercule et Atlas discute de la légèreté de la Terre et de ce qui l’a rendue si légère, ses habitants semblent tous endormis, ils décident de jouer alors au jeu de paume avec la Terre se la revoyant l’un après l’autre. A la fin il retranscris l’idée d’Horace qui dit que le monde peut bien s’écrouler mais que le juste ne bougera pas, donc aujourd’hui comme le monde s’est écroulé , les hommes sont tous des justes…

Dialogue de Malambrun et de Farfadet

Malambrun invoque les esprits de l’abîme, et un envoyé du diable nommé Farfadet lui répond et lui propose de satisfaire tous ses désirs, il le questionne sur les désirs qu’il pourrait bien assouvir, on comprend ici que les désirs que propose Farfadet sont pour Leopardi les maux de la Terre; la noblesse ou plutôt le désir de noblesse, l’argent ou l’avidité de richesse, le pouvoir d’un empereur, la seduction ou le plaisir de possession, les honneurs , le succès..Mais rien de tout cela ne l’intéresse :

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Le malheur ne cesse jamais de la naissance à l’existence sauf quand on dort sans rêver ou que l’on perd l’usage de ses sens pour un moment.Le malheur revient des que l’on a conscience de son existence. Donc l’absence de malheur vaut mieux que le malheur c’est à dire qu’il vaut mieux mettre fin a sa vie tout de suite. Farfadet lui rétorque  :  » Alors si tu crois bon de me donner ton âme avant l’heure je suis prêt à l’emporter. »

Dialogue d’un physicien et d’un métaphysicien

Le physicien après des recherches trouve le secret de la longévité (l’art de vivre longuement), le métaphysicien lui répond que cela ne sert à rien si l’on a pas trouvé l’art de vivre heureux.Pour le Métaphysicien l’homme n’aime pas la vie mais sa félicité. Le physicien en vient à parler de l’immortalité , le métaphysicien lui expose son point de vue en disant que même les dieux sont las de la vie éternelle, et que les Hyperboréens se suicidèrent après 1000 ans d’existence. Cependant Leopardi ne nie pas la puissance et l’abondance des sensations qui est naturellement aimé et désiré de tous les hommes.

Éloge des oiseaux

Dans ce texte on a l’opposition de la félicité des oiseaux à la pesante monotonie de la vie humaine.

Dialogue de Tristan et de son ami

Dans son dernier dialogue Leopardi fait des concessions sur l’universalité de sa pensée philosophique en admettant que la conception du malheur et du bonheur n’est que purement relative, mais son intuition profonde il ne la troquera jamais contre la gloire ou la fortune, la mort est le choix de substitution au dilemme précédent.

 

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Qu’est ce que l’art ?

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L’art pour moi est ce qui résulte d’un processus de création de l’homme qui provient lui même de l’idée et recherchant le beau.

Le sujet à une idée —> Représentation  —–> Extériorisation pour les autres ou pour soi au travers de l’Oeuvre

L’interprétation de l’Oeuvre est significativement différente pour chaque personne, car d’une part chaque homme attribuera une valeur propre à l’oeuvre,et donc en quelque sorte dans la reconnaissance de l’art.Donc d’une certaine manière l’art ne peut être universelle car au départ chacun peut la concevoir à sa manière.

Il est bien subjectif de définir l’art, car il est difficile de se comprendre soi-même.

Les arts sont subdivisés en catégories qui sont en fait les différents types de supports de l’artiste (les arts visuels et les arts plastiques; on peut citer peinture, gravure, sculpture, etc … ) et s’inscrivent dans des courants historiques, par exemple chez les grecs l’artiste est un artisan, il crée et produit quelque chose, il y a donc là une conception de l’art en tant que technique. La distinction historique montre qu’on est face aux arts et non à l’art, le découpage subjectif au demeurant est possible par l’identification des différents états ou ressentiments des œuvres dans leur commun historique, c’est à dire  qu’on a mis en évidence des tendances donc des différences (exemple art abstrait) que l’on a assimilé parfois à tord avec un certain état d’être de l’artiste ou de la société.

 

 

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Candide ou l’Optimisme

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Perspectives historiques de la rédaction de l’oeuvre de Voltaire : Candide ou l’Optimisme

Le contexte historique

Voici un encadrement de faits historiques non exhaustifs ( + ou – 150 ans ) autour de l’an 1759 date de la première publication de Candide ou l’optimisme.

1643-1715  est la période du Règne de louis XIV

1648 : Le jour du 24 octobre 1648, deux traités de paix volumineux furent signés dans la ville de Münster en Westphalie, qui mirent fin à la guerre de trente ans dans l’Europe centrale.

Traités de Westphalie 1648

 

Die Westfälischen Friedensverträge vom 24. Oktober 1648. Texte und Übersetzungen
(Acta Pacis Westphalicae. Supplementa electronica, 1).
(http://www.pax-westphalica.de/ [13/02/2016])

1661 : Louis XIV assure seul le gouvernement après la mort du 1er ministre le cardinal Mazarin.

Louis XIV avoua sur son lit de mort avoir « trop aimé la guerre »

de 1667 à 1668, la guerre de Dévolution
de 1672 à 1678, la guerre de Hollande qui se conclut par le fameux traité de Nimègue
de 1683 à 1684, la guerre des Réunions
de 1688 à 1697, la guerre de la Ligue d’Augsbourg (également appelée guerre de Neuf Ans)   [Naissance de Voltaire en 1694]
de 1701 à 1714, la guerre de Succession d’Espagne

Mars 1685 : Promulgation du « Code Noir  » qui est un texte de loi de 60 articles qui régularise la traite des noirs et leurs conditions et qui interdit tous juifs de résider sur les îles appartenant au royaume.

Code Noir Mars 1685 – Louis XIV

 

1715-1774 est le Règne de Louis XV

Louis XV succède à son grand père Louis XIV à l’âge de 5 ans, c’est le duc Philippe d’Orléans qui régnera sur le royaume (La Régence 1715 – 1723) jusqu’à ce que Louis XV soit en âge de gouverner. Il nomme premier ministre le cardinal de Fleury en 1726 jusqu’en 1723 après avoir renvoyé le duc de Bourbon.

de 1733 à 1738  : Guerre de Succession de Pologne

de 1740 à 1748 : La guerre de Succession d’Autriche

de 1756 à 1763 : Guerre de sept ans  [publication de Candide ou l’Optimisme en 1759]

Novembre 1755 : un tremblement de terre suivi d’un raz-de-marée et d’un incendie, ravagea Lisbonne. On compta plus de 40.000 victimes

1756 : rédactions des tomes de l’Histoire du Paraguay par Pierre François Xavier de Charlevoix ( historien, jésuite, professeur et voyageur français)

Histoire du Paraguay P.F.X de Charlevoix

 

François-Marie Arouet dit Voltaire

François-Marie Arouet naît en 1694 à Paris et y meurt le 30 mai 1778, c’est l’un des philosophes des Lumières les plus connus de l’Histoire, ces écrits ont traversés les siècles et créés de vifs débats qui lui ont valu parfois l’exil, parfois des interdictions de publications.Voltaire va étudier  Newton, Leibniz, Christian von Wolff, Samuel Clarke, Bernard de Mandeville et bien d’autres et va avoir des correspondances avec de nombreuses personnes venant des quatre coins de l’Europe dont Jean Jacques Rousseau qu’il n’appréciait guère (« barbouilleur de papier « ) et Frédéric II de Prusse pour n’en citer que deux. Il a laissé une oeuvre incommensurable sur des sujets les plus divers (histoire, philosophie, religion etc … ).

Voltaire à 64 ans quand il publie Candide ou l’Optimisme

Biographie de Voltaire – Larousse

 

Ce qui se passa l’an 1759 date de la parution de Candide ou l’optimisme et comment Voltaire eu l’idée de créer ce conte

Voltaire s’installe en 1759 au château de Ferney (à la frontière franco-genevoise) qu’il a acheté après avoir voyagé à travers toute l’Europe, il va y rester jusqu’à l’année de sa mort.

Au cours de l’année il travaille énormément ; il écrit Tancrède qui est une tragédie en cinq actes et en vers, il collabore avec Diderot sur  l’Encyclopédie et rédige Candide.

Pour l’historien français Francisque Sarcey tout débute lorsque Voltaire écrit en 1756 ses poèmes sur le désastre de Lisbonne où il prend pitié des malheureux habitants de Lisbonne, il va critiquer vigoureusement le postulat selon lequel « Tout est pour le mieux « , propre à la philosophie de Leibniz (Essai sur la Theodicée sur la bonté de Dieu la liberté de l’homme et l’origine du Mal- 1710) et l’on retrouve d’ailleurs la célèbre phrase du meilleur des mondes possibles dans l’Essai de Théodicée :

 Environ l’an 1673 où je mettois déjà en fait que Dieu ayant choisi le plus parfait de tous les Mondes possibles avoit été porté par le sagesse à permettre le mal qui y étoit annexé  mais qui n’empêchoit pas que tout compté & rabbatu  ce Monde ne fût le meilleur qui pût être choisi. »  Préface XXXVI

Voltaire s’est sans doute inspiré de Leibniz lorsqu’il a créé le personnage de Pangloss « plus grand philosophe du château de Thunder-ten-Tronck et par conséquent du monde  » On retrouve quelque lignes qui connote un ego singulier que l’on retrouve aussi chez Pangloss.

 En effet il y a peut-être peu de personnes qui aient travaillé plus que moi. A peine avois-je appris à entendre passablement les Livres Latins que j’eus la commodité de feuilleter dans une Bibliothèque , j’y voltigeois de Livre en Livre […]  » Préface XXXV

Essais de Theodicée – Leibnitz

Voltaire rédige donc ses poèmes sur les desastres de Lisbonne qu’il adresse littéralement à Leibniz et le raille du début à la fin

« Je suis comme un Docteur, Hélas! je ne sais rien » où il critique la citation de Leibniz qui surnomme certains philosophes et notamment Bayle, Spinoza et Hobbes de Docteurs de la Religion

Poèmes sur le désastre de Lisbonne – Voltaire

Peu de temps après Rousseau décide d’écrire à Voltaire en lui envoyant la célèbre Lettre sur la Providence le 18 août 1756 à laquelle Voltaire répond sans détail. 29 mois plus tard Voltaire rédige Candide ou l’Optimisme.

Il publie deux écrits entre temps :

Essai sur les mœurs et l’esprit des Nations, 1756
Histoire des voyages de Scarmentado écrite par lui-même, 1756 :  qui est un conte philosophique (très court) de Voltaire écrit vers 1753 et paru en 1756 dans la Suite des mélanges publiée par les frères Cramer qui met en perspective le péchant des peuples d’Europe à faire la guerre, la fausse tolérance de certains hommes, et l’esclavage.

J’allai en Hollande, où j’espérais trouver plus de tranquillité chez des peuples plus flegmatiques. On coupait la tête à un vieillard vénérable lorsque j’arrivai à La Haye

Le conte débute par:

Je naquis dans la ville de Candie, en 1600

Le nom de la ville, Candie,  renvoie à la candeur (pureté d’âme et naïveté) également propre à Candide. Lorsqu’il pense à écrire Candide, Voltaire à sans doute voulu faire un conte philosophique plus long car il voulait  sûrement pouvoir faire passer plus d’idées au travers de ce nouveau format d’écriture.

Histoire des voyages de Scarmentado- Voltaire

Etude du livre Candide ou l’Optimisme

Lien vers le texte intégral :

Candide ou l’Optimisme -1ère Edition

 

Frontispice de la 1re édition du conte philosophique de Voltaire publié à Genève, 1759

Frontispice de la 1ère édition du conte philosophique de Voltaire publié à Genève, 1759

 

L’oeuvre se décompose en 30 chapitres , l’étude se portera par chapitre (pour faire une recherche rapide tapez : ctrl  f en même temps et écrivez Chapitre un espace et le numéro )

Chapitre 1

Gravure de W. Bock. 1771. Nuremberg. German. Museum.

Gravure de W. Bock. 1771. Nuremberg.
German. Museum.

Dans les premières lignes de ce premier chapitre Voltaire dessine le portrait du jeune Candide, le nom de ce dernier renvoie à la candeur qui signifie la pureté d’âme, c’est une confiance excessive venant de la naïveté et une franchise venant d’une âme pure (blanche)

L’histoire du chapitre 1 prend place en Westphalie (pays qui a réellement existé) dans le château d’un baron au nom imprononçable, Voltaire adresse ici sa première moquerie indirecte de l’aristocratie que l’on rencontre une nouvelle fois un peu plus loin et qui raille les codes du mariage aristocratique lorsqu’il dit:

Candide […] que cette Demoiselle ne voulut jamais épouser, parce qu’il n’avait pu prouver que soixante et onze quartiers, et que le reste de son arbre généalogique avait été perdu par l’injure du tems.

On rencontre au fil de la lecture les différents personnages du conte, le Baron, la Baronne, Cunégonde (leur fille) , le fils du Baron , Pangloss ( le précepteur de Candide)

Voltaire met en scène Pangloss personnage important du conte que l’on retrouvera dans de nombreux chapitres et qui est l’étendard de la pensée philosophique Leibnitzienne du « tout est au mieux dans le meilleur des mondes possibles », de l’harmonie du corps et de l’âme qui suppose que le monde est harmonie et le mal rend possible le bien, du principe de raison suffisante c’est à dire le principe que rien n’arrive sans raison, et le fait que tout élément a une cause et que c’est un être nécessaire qui a créé les choses contingentes.

«II est démontré, disait-il, que les choses
ne peuvent être autrement: car tout étant
fait pour une fin, tout est nécessairement
pour la meilleure fin. Remarquez bien que
les nez ont été faits pour porter des lunettes,
aussi avons-nous des lunettes. Les jambes
sont visiblement instituées pour être chaussées,
et nous avons des chausses[…]

Pangloss enseigne à Candide qui l’écoute et le croît la  » Métaphisico-théologo-cosmolo-nigologie », le dernier mot nigologie renvoie à nigaud qui signifie être sot et maladroit par un manque de jugement et d’expérience.

Leibniz et son principe de cause à effet sont illustrés par la phrase :

Maître Pangloss, le plus grand Philosophe de la
Province, et par conséquent de toute la Terre.

Candide est également fasciné par la beauté de mademoiselle Cunégonde. Mais lorsqu’il y touche et que le baron s’en aperçoit, il est chassé du château, comme Adam du paradis (« Candide chassé du Paradis terrestre » chap 2 ).

Voltaire va utiliser le ton ironique (second degré, critiques indirectes) tout au long de son oeuvre et utilise des procédés divers (juxtaposition, exagérations, antiphrases, atténuations déconcertantes…) la fin du 1er chapitre en est un exemple caractéristique :

M. le Baron […] chassa Candide du Château à grands coups de pied dans le derrière […] et tout fut consterné
dans le plus beau et le plus agréable des Châteaux possibles.

 

Chapitre 2

Dans ce deuxième chapitre Candide erre dans ce meilleur des mondes possibles et fait face au manque d’argent, à la faim et au froid , il est enrôlé de force dans le Régiment d’infanterie de l’armée Bulgare ( qui exista réellement) et est battu sévèrement, il fut gracié par le roi des Bulgares puis guérit.

Armée bulgare

Armée bulgare

c’était un privilège de l’espèce humaine, comme de l’espèce animale, de se servir de ses jambes à son plaisir. II n’eut
pas fait deux lieues, que voila quatre autres héros de six pieds qui l’atteignent, qui le lient, qui le mènent dans un  cachot; on lui
demanda juridiquement ce qu’il aimait le mieux, d’être fustigé trente-six fois partout le Régiment, ou de recevoir a la fois
douze balles de plomb dans la cervelle; il eut beau dire que les volontés sont libres,et qu’il ne voulait ni l’un, ni l’autre, il fallut
faire un choix ; il se détermina en vertu du don de Dieu, qu’on nomme liberté, à passer trente-six fois par les baguettes[…]

Dans cette tirade Voltaire se moque du principe de liberté de l’Homme que Leibniz explique dans son livre Essai sur la Theodicée sur la bonté de Dieu la liberté de l’homme et l’origine du Mal de 1710 et bien entendu de la théologie.

Chapitre 3

Voltaire décrit par un procédé que vous connaissez à présent les horreurs de la guerre entre Bulgares et Abares, la guerre est un thème que Voltaire (la période de l’histoire dans laquelle il vécu était rythmée par d’incessantes guerres ) reprend souvent et qu’il critique.

Les trompettes, les fifres, les hautbois, les tambours, les canons formaient
une harmonie telle qu’il n’y en eut jamais en Enfer

Après s’être enfuit du champs de bataille,  il fut aidé non pas par l’Orateur qui faisait un discours sur la charité et qu’il rencontrât mais bien par l’Anabatiste Jacques (un non-baptisé) qui lui donna à manger, par la suite il rencontra un sans abris dans la rue.

Chapitre 4

Candide se rendît compte que le sans abris n’était autre que Maître Pangloss, et lui demanda ce qu’il s’était passé, choqué il s’évanouît  lorsqu’il apprît que l’amour de sa vie Mademoiselle Cunégonde était morte et que le château était détruit.

[…] quel malheur vous est-il donc arrive ? pourquoi n’êtes-vous plus dans le plus beau des Châteaux ? qu’est devenue Mademoiselle Cunegonde, la perle des filles, le chef-d’oeuvre de la nature ? — Je n’en peux plus ».

C’est alors que Pangloss en bon philosophe se met à parler de l’Amour et conclut que par le principe de cause à effet c’était bien Paquette  sa dernière conquête, qui était alors infectée de maladies en tout genre, qui elle même l’avait eue en droite ligne d’un
des compagnons de Christophe Colomb, qui l’a conduit à cet état.

et à Candide tout naïf de répondre :

n’est-ce pas le Diable qui en fut la souche ?

et à Pangloss de rétorquer

Point du tout, répliqua ce grand homme; c’était une chose indispensable
dans le meilleur des mondes, un ingrédient nécessaire […]

Une autre allusion à la pensée de Leibniz.

Pangloss fut guérit et l’Anabatiste l’engagea pour sa comptabilité, l’Anabatiste dû se rendre au Portugal pour affaires et emmena Pangloss et Candide, ils se rendirent à Lisbonne

les malheurs particuliers font le bien général

Pangloss utilise cette phrase pour tenter de convaincre l’Anabatiste que tout est au mieux, on peut faire un parallèle avec la fable des abeilles de Bernard de Mandeville

1750

1750

 

Chapitre 5

L’arrivée à Lisbonne est de tout point Dantesque, Voltaire prend appui sur les faits réels qui se sont déroulés en novembre 1755

1755 tremblement de terre à Lisbonne causant le mort de plus de 40000 hommes

1755 tremblement de terre à Lisbonne causant la mort de plus de 40000 hommes

C’est alors que le bon Anabatiste Jacques disparaît en mer engloutit par les flots, à peine arrivés sur terre qu’un tremblement terrible se produisit

Des tourbillons de flamme et de cendres couvrent les rues et les places publiques,
les maisons s’écroulent, les toits sont renversés sur les fondements, et les fondements
se dispersent ; trente mille habitants de tout âge et de tout sexe sont écrasés sous des ruines

Plus loin Voltaire fait référence à un autre tremblement de terre qui se produisit bien réellement aussi : le tremblement de terre de Lima du 28 octobre 1746 qui tua plus de 6000 hommes.

Mais le philosophe Pangloss trouva les « bons » mots pour consoler les survivants de la tragédie :

Pangloss les consola, en les assurant que les
choses ne pouvaient être autrement :  « Car,
dit-il, tout ceci est ce qu’il y a de mieux. »

Et c’est ainsi qu’il décida de prouver cette théorie à une petit homme qui était dans les parages et qui se trouvait être membre de l’Inquisition

Chapitre 6

Après cet événement les sages  du pays organisèrent un autodafé et brûlèrent quelques  personnes  pour empêcher un nouveau carnage, Pangloss fut de ceux là et Candide fut fessé, peu après la terre se remis à trembler et Candide  se demandât:

 Si c’est ici le Meilleur des Mondes possibles, que sont donc les autres ?

Pangloss pendu et les autres brûlés par l'Inquisition

Pangloss pendu et les autres brûlés par l’Inquisition

Chapitre 7

Candide fut soigné par une vieille et elle l’emmena voir mademoiselle Cunégonde qui avait survécu et il se racontèrent leurs histoires.

Chapitre 8

L’histoire de Cunégonde est narrée de manière crûe

je dormais profondément, quand il plut au Ciel d’envoyer des Bulgares dans notre beau Château de Thunder-ten-trunckh ; ils égorgèrent mon père et mon frère et coupèrent ma mère par morceaux

Le capitaine des Bulgares la viola et lui trancha le ventre puis la prit pour servante mais Cunégonde le trouvait « très bien fait » et ayant « une peau blanche et douce  » (la encore on remarque le ton ironique de Voltaire), elle fut vendue à un juif ( Don Issachar) qui la conduisit au Portugal, et qui conclut un pacte avec l’Inquisiteur de Lisbonne  pour se la partager, après avoir mangé,  Candide et Cunégonde eurent la visite Don Issachar.

Chapitre 9

Après un duel avec Don Issachar Candide le tue ainsi que l’Inquisiteur qui se présenta peu après

 Si ce saint homme appelle du secours, il me fera infailliblement brûler; il pourra en faire autant de Cunegonde ; il m’a fait fouetter impitoyablement; il est mon rival; je suis en train de tuer, il n’y a pas à balancer

En quelques minutes Candide bien qu’il fut doté des mœurs les plus douces tua l’Inquisiteur et Don Issachar, ils partirent tous les deux avec la Vieille à Cadiz pour tenter d’échapper aux représailles de l’Inquisition ( La sainte Hermandad)

Chapitre 10

cadiz

Cadiz

Le chapitre 10 débute par une lamentation de Dame Cunégonde sur l’argent en général et plus particulièrement sur les diamants qui lui furent dérobés. Quand ils arrivèrent à Cadiz ( très surement Cadix ville espagnole) ils embarquèrent à bord d’un des navires  militaires Espagnols qui partaient mater la révolte des Jésuites du Paraguai, cette révolte exista et eu lieu en vers 1730-1731 entre le gouverneur du Paraguai  Dom Martin de Barua et les rebelles jésuites on la retrouve dans l’Histoire du Paraguay de Pierre François Xavier de Charlevoix de 1756

Candide qui fut promu Capitaine, Dame Cunégonde et son équipage voguent vers le nouveau Monde, durant la traversée il discute de philosophie et du regretté Pangloss, Cunégonde quant-à-elle racontent ses malheurs à la vieille puis la vieille les siens.

C’est certainement le nouveau Monde qui est le meilleur des Univers possibles.  » 

Chapitre 11

La vieille racontent ses malheurs à Cunégonde qui pensait que ses malheurs ne pouvaient être égalés, mais la vieille se trouve être la fille d’un Pape et d’une Princesse, elle côtoya l’aristocratie et fut mariée à un prince qu’une maîtresse empoisonna, un jour des corsaires s’emparèrent d’un navire dont elle et sa mère était membre, elle fut violée ainsi que les autres servantes, ils accostèrent au Maroc où des ennemis les attaquèrent pour ravir le butin, la bataille tua sa mère et tous l’équipage corsaire, s’étend extirpé du tas de mort elle s’assoupis et lorsqu’elle se réveilla un homme se tenait à ses cotés, c’était un eunuque napolitain.

Chapitre 12

Ce dernier qui s’était fait castrer pour l’opéra, l’emmena chez lui, ils partagèrent leur histoires et il se trouva qu’il fut le précepteur de sa mère, puis il la vendit au Dey de la province d’Alger, où la peste s’y déclara et où presque tout le monde périt dont l’Eunuque et le Dey, elle fut alors achetée puis revendue de nombreuses fois de Tripoli en passant par Constantinople elle appartint enfin à un janissaire nommé Aga, ils partirent en guerre contre les russes et ils se retrouvèrent avec d’autres janissaires assiégés dans un fort et durent manger deux eunuques pour se nourrir et pour ne pas se rendre,  ils mangèrent alors une fesse de chaque femmes présentes, puis tous les janissaires furent tués par les russes, elle fut soigné et elle partie en Russie,enfin elle finie par être servante chez Don Issachar. L’histoire de la vieille met aussi en relief le fait que nous avons chacun maudit sa vie en supposant que l’on était plus malheureux que les autres.

Chapitre 13

Candide, Cunégonde la vieille est l’équipage longèrent la cote de l’Amérique du Sud pour rejoindre Buenos-Aires

amerique du sud

On aborda dans Buenos-Aires. Cunégonde, le Capitaine Candide
et la Vieille allèrent chez le Gouverneur Don Fernando d’Ibaraa, y Figueora, y
Mascarenes, y Lampourdos, y Souza.

Le gouverneur, personnage des plus hautains, demandât sans attendre la main de Cunégonde, un vaisseau arriva à Buenos-Aires qui transportait un Alcade et des Alguazils qui étaient en fait des hommes de main de l’Inquisition, ces derniers avaient suivis Candide, Dame Cunégonde et la Vieille. Pour Candide la fuite paraissait l’unique solution d’échapper au bûcher.

C’est ainsi que Candide quitta Dame Cunégonde.

Chapitre 14

Le chapitre quatorze met en scène Candide et Cacambo un valet provenant de Cadiz qui l’accompagna durant la traversée vers Buenos Aires, ce dernier connaissait bien le Paraguai et le gouvernement de Los Padres, un Royaume rebelle:

Le Royaume a déjà plus de trois cent lieues de diamètre ; il est divise en
trente Provinces ; Los Padres y ont tout ; et les Peuples rien ; c’est le chef-d’oeuvre de
la raison et de la justice.

Ils rencontrèrent le commandant et le révérend père Commandant,  il se trouva que ce dernier provenait du château de Thunder-ten- trunck et était le frère de Dame Cunégonde, ils parlèrent en allemand tout le long du repas.

Chapitre 15

Après de nombreuses embrassades et discutions  avec le frère de dame Cunégonde Candide évoque le souhait d’épouser sa sœur ce qui créa la discorde entre les deux hommes;

Vous insolent! répondit le Baron, vous
auriez I’impudence d’épouser ma sœur qui
a soixante et douze quartiers! je vous trouve
bien effronté d’oser me parler d’un dessein
si téméraire!

Ici on a la même référence qu’au chapitre premier sur les codes du mariage de l’Aristocratie.

Peu de temps après un duel entre les deux hommes conduisit à la mort du frère de Cunégonde, il ne restait alors plus à Candide qu’a se lamenter :

je suis le meilleur homme du monde, et voila déjà trois
hommes que je tue ; et dans ces trois il y a deux Prêtres. »

Ils s’enfuirent à Los Padres pour échapper encore une fois à la mort qui les traquaient

 Chapitre 16

Cacambo et Candide fuyèrent vers une destination inconnue, ils firent une halte dans une clairière pour manger lorsqu’ils virent deux filles nues poursuivies par deux singes, Candide tua les deux singes, mais il s’avéra qu’il commis une erreur, en effet ils s’endormirent et à leur réveil ils ne pouvaient plus bouger.

les Oreillons habitants du pays, à qui les deux Dames les avaient dénoncés, les
avaient garrottés avec des cordes d’écorce d’arbre

Ce peuple sauvage eut l’idée de les manger

Tout est bien ; soit , mais j’avoue qu’il est bien cruel d’avoir perdu Mademoiselle
Cunégonde, et d’être mis à la broche par des Oreillons

Après s’être lamenté dans le chapitre précédent sur la mort du frère de Dame Cunégonde voilà qu’il se félicite de l’avoir tué car il ne fut pas mangé par les oreillons du fait que les Jésuites étaient les ennemis de ce peuple, ils survécurent donc .

Chapitre 17

Les deux acolytes voulurent se rendre à Cayenne, arrivé prés d’une rivière il se laissèrent porter par le courant, ils arrivèrent dans un pays Mystérieux où tout brillait, où les moutons étaient rouges, où l’utile était agréable et qui possédait une richesse consternante mais dont les habitants de ce pays ne semblaient pas leur accorder de la valeur.

Quel est donc ce pays, disaient-ils l’un et l’autre, inconnu à tout le reste
de la Terre, et où toute la nature est d’une espèce si différente de la nôtre ? C’est probablement
le pays ou tout va bien ; car il faut absolument qu’il y en ait un de cette espèce.

Ils étaient arrivés à Eldorado.

Chapitre 18

Les habitants de ce pays étaient en tous points bons et honnêtes, dotés des valeurs les meilleures ( modestes, sympathiques, …), ils furent menés chez l’homme le plus savant de la contrée qui leur expliqua plusieurs choses à propos de ce pays;

On a plusieurs idées principales :

  • L’avidité des peuples n’était pas arrivé à El Dorado, ce qui signifie que si un meilleur des mondes fut possible l’avidité et la convoitise comme celle des peuples Européens en seraient exclus.
  • Le rapport à la religion est différent; il existe un unique Dieu, il n’y a pas de prêtres car nous le somme tous, il n’y a pas de prières car on ne demande pas on remercie
  • Il n’y a pas de prisons, de parlement et de cour de justice
  • Tous les hommes sont libres
  • Les sciences occupent une place importante

Candide conclut qu’il fallait voyager et se mis à douter de son Maître Pangloss mais après quelques temps ils décidèrent de rentrer dans leur monde car Cunégonde lui manquait.

Si nous restons ici, nous n’y serons que comme les autres au lieu que si nous retournons dans notre Monde, seulement avec douze moutons charges de cailloux d’ Eldorado, nous serons plus riches que tous les Rois ensembles

Voltaire préfigure ici la théorie de l’avantage comparatif que développera plus tard Ricardo propre à l’enrichissement capitaliste (le conte Candide ou l’optimisme est écrit au même moment que la théorie des sentiments moraux de Adam Smith)

Ils quittèrent le pays chargés de pierres précieuses et d’or que transportaient des moutons.

Chapitre 19

Le voyage leur rappela que les richesses matérielles étaient périssables et que les seules véritables richesses étaient la vertu, le bonheur et l’Amour, ils approchèrent de Surinam et rencontrèrent sur le chemin un nègre.

C’est dans cette rencontre de que Voltaire place une attaque forte contre l’esclavage et toutes les formes d’exploitations de l’homme par l’homme. Ce nègre avait perdu sa jambe car il voulait s’enfuir et c’était la punition, il perdit sa main au travail  et il ne recevait qu’un habit pour toute l’année.

Et Voltaire montra quelle était la contrepartie du confort des Européens au travers de cette phrase de l’esclave:

C’est à ce prix que vous mangez du sucre en Europe

Un prix qui à un nom : la Vie 

Une gravure du discours entre les trois hommes est en première de couverture de cette article. Ainsi donc ce malheureux  était moins bien traité que les animaux domestiques.

A l’écoute de ses mots Candide s’écria alors :

0 Pangloss! […] , tu n’avais pas deviné cette abomination ; c’en
est fait,  il faudra à la fin que  je renonce à ton Optimisme.

Et ainsi Candide changea sa perception de l’optimisme, ils entrèrent dans Suriname en pleurant, ils élaborèrent alors un plan pour récupérer Dame Cunegonde, c’est alors que Cacambo partit dans ce but et Candide se rendit à Venise pour les attendre, et peu de temps après il se vit dérobé de toutes ses richesses, Candide décida de choisir un compagnon de route qui était le plus malheureux et son choix se porta sur un pauvre savant du nom de Martin.

Chapitre 20

Dans ce chapitre le long voyage de retour à Bordeaux est une occasion pour Candide de philosopher sur la pensée de Pangloss  avec son nouveau compagnon Martin, ils débâtirent alors de la pensée Manichéenne.

Vous vous moquez de moi, dit  « Candide, il n’y a plus de Manichéens dans
le Monde. — II y a moi, dit Martin, je ne s’ai qu’y faire

Cette pensée est en fait une religion qui remonte au IIIème siècle après Jésus Christ et qui proviendrait de Babylone

Mani

Mani naquit en 216 après JC

Le Manichéisme -Hugo Gressman

La religion manichéenne avait plusieurs divinités comme celle de lune (le dieu Siin), elle a plusieurs caractéristiques dont la foi astrale (l’ascension de l’âme vers le ciel), le dualisme et l’ascèse ( la recherche de la perfection par l’abnégation)

Le manichéisme prétend apporter la connaissance fondamentale, la gnose, le gnostique considère que la vérité est intraduisible – « inénarrable et ineffable », disait Secundinus – par les procédés de la science commune. Elle nécessite attente, contemplation extatique et mystique d’une âme disponible. C’est devant le mythe, à travers le message qu’il porte en filigrane, que la vérité est saisie et que s’opère la gnose.  […] Un texte chinois (« Fragment Pelliot », VI) présente ainsi cette doctrine, sous la rubrique « Règles pour entrer en religion » : « D’abord [il faut] discerner les deux principes. Celui qui demande à entrer en religion doit savoir que les deux principes de la lumière et de l’obscurité ont des natures absolument distinctes… Ensuite [il faut] comprendre les trois moments [qui sont] : 1° le moment antérieur ; 2° le moment médian ; 3° le moment postérieur. Dans le moment antérieur, il n’y a pas encore les cieux et les terres ; il existe seulement, à part l’une de l’autre, la lumière et l’obscurité ; la nature de la lumière est la sagesse ; la nature de l’obscurité est la stupidité… Dans le moment médian, l’obscurité a envahi la lumière ; elle se donne libre carrière pour la chasser ; la clarté vient et entre dans l’obscurité, et s’emploie tout entière pour la repousser. […] Dans le moment postérieur, l’instruction et la conversion sont achevées ; le vrai et le faux sont retournés chacun à sa racine. »

« Que la paix du Dieu invisible et la connaissance de la vérité soient avec les frères saints […] qui croient aux divins préceptes et les mettent en pratique » (Ep. Fund., 11, 13). Telles sont les paroles de Mani pour annoncer les règles morales du disciple véritable.

Regards sur le manichéisme (2003) Par François Decret – Professeur honoraire des universités Ancien professeur à l’Institut « Augustinianum », université du Latran, Rome

De ces principes de bases il faut savoir que Dieu est issu de la lumière ( le bien), il y avait plusieurs groupes de fidèles, qui correspondaient à leur niveau de recherche de la perfection ; les Élus ou Parfaits ( une ascèse très forte  [i] ) et les Auditeurs ( ascèse plus souple ) ou  les Catéchumènes

[i] La règle des « Trois Sceaux » les interdits : sceau de la bouche, des mains, du sein

  1. le sceau de la bouche : mensonge, parjure et serment ne sauraient convenir, aucun aliment impur – la force maléfique est surtout active dans la viande – ni même poisson ; pas de laitages, ni de vin ou de toute boisson fermentée
  2. le sceau de la main : du travail agricole, qu’il s’agisse de la cueillette des fruits ou de la moisson, tuer des animaux, et être militaire ou avoir des fonctions publiques compromises avec la morale du siècle
  3. le sceau du sein : chasteté totale et donc le célibat perpétuel, élever des animaux ou faire des plantations agricoles
[ii]  10 principes :  ne pas se livrer à l’idolâtrie ou à la magie ; ne pas mentir ; s’interdire l’avarice ; ne pas commettre d’adultère ; ne pas voler ; ne pas faire preuve de duplicité ; ne pas suivre les imposteurs ; ne pas négliger les exercices de piété, un jeune dominical sur une trentaine de jours par an

pour plus d’informations :

Mani est la tradition Manichéenne - François Decret

Mani et la tradition Manichéenne – François Decret

Martin va alors peindre un tableau noir du Monde en citant de nombreux exemples apparitions des êtres de l’obscurité ( Mal), c’est à ce moment que les deux compères aperçurent au loin deux gréements se livrer bataille, et Candide fut conquit par cet exemple opportun de la théorie manichéenne :

 II est vrai, dit Candide, qu’il y a quelque chose de diabolique dans cette affaire.

Il retrouva aussi un des moutons rouges d’Eldorado qu’il embarqua.

Chapitre 21

Ils longèrent les côtes de France, pays où Martin a déjà été, et où la nature des hommes est fortement différente selon les Provinces et elles sont toutes réunies à Paris

la principale occupation est l’amour, la seconde de médire, et la troisième de dire des sottises

Mais Candide ne voulu pas traverser la France, ils allèrent à Venise, durant leur chemin vers l’Italie ils abordèrent la question de l’étonnement et de la surprise qui n’avaient pas quitté Candide. Martin lui dit que lorsque on a vu tant de choses extraordinaires, on ne perçoit plus rien comme extraordinaire, puis il discutèrent de la nature de l’homme et de son évolution ; vision fixe de l’évolution (l’essence même de l’homme est immuable ? )  pour Martin, rien est immuable pour Candide qui se réfère au libre-arbitre des hommes que n’ont pas les animaux.

Eh bien, dit Martin, si les éperviers ont toujours eu le même caractère, pourquoi voulez-vous que les hommes ayent changé le leur ? — Oh! dit Candide, il y a bien de la différence, car le libre arbitre… »

Enfin ils arrivèrent à Bordeaux,

Chapitre 22

Ce chapitre débute par une raillerie des homme de sciences et en l’occurrence de l’Académie des Sciences pour montrer la témérité de ces scientifiques à vouloir porter un raisonnement mathématique à la démonstration d’un phénomène

l’Académie des Sciences de Bordeaux, laquelle proposa pour le sujet du prix de cette année, de trouver
pourquoi la laine de ce mouton était rouge; et le prix fut adjuge a un Savant du Nord, qui démontra par A : plus B moins C
divisé par Z : que le mouton devait être rouge, et mourir de la clavellée.

Puis comme les gens qu’ils rencontrèrent se rendaient tous à Paris ils y allèrent, dans la capitale rien ne pouvait être fait sans argent  mais il en avait et voulu se faire soigner d’une maladie qu’il attrapa en ses lieux, les médecins le rendirent encore plus malade; Voltaire critique la relation à l’argent  pour des médecins et même chez les hommes de foi,  après sa guérison un abbé « l’un de ses gens […]  effrontés, qui guette les gens à leur passage  » et qui se plaignait sans cesse comme d’ailleurs les gens de Paris, il les mena découvrir la ville. Voltaire dans un dialogue montre la facilité, la complaisance et la jalousie qu’ont les gens de Paris à tout critiquer lorsque une oeuvre littéraire est publiée, ils allèrent ensuite souper chez une Marquise.

Voltaire dans les lignes suivantes décrit les soupers Parisiens de l’époque :

Le souper fut comme la plupart des soupers de Paris ; d’abord du silence ; ensuite
un bruit de paroles qu’on ne distingue point; puis des plaisanteries dont la plupart sent
insipides, de fausses nouvelles, de mauvais raisonnements, un peu de politique et beaucoup
de médisance ; on parla même de livres nouveaux

Durant ce souper candide rencontra un autre savant qui lui expliqua à l’inverse de Pangloss et son tout va bien que tout va de travers

Moi, Monsieur, lui répondit
le Savant, je ne pense rien de tout cela ; je
trouve que tout va de travers chez nous, que
personne ne sait ni quel est son rang, ni
quelle est sa charge, et qu’excepte le souper
qui est assez gai, et où il parait assez d’union,
tout le reste du temps se passe en querelles
impertinentes ; Jansénistes contre Molinistes
gens du Parlement contre gens d’Eglise,
gens de lettres contre gens de lettres,
courtisans contre courtisans, financiers contre
le peuple, femmes contre maris, parents
contre parents ; c’est une guerre éternelle. »

Après le dîner Candide coucha avec la Marquise qui lui prit deux diamants par la même occasion, il reçut ensuite une lettre de Cunégonde et alla la rejoindre dans l’hôtel où elle résidait mais il s’aperçurent que ce fut un coup monté, il fut mené en prison puis libéré contre des diamants, ils partirent ensuite un peu contre la force des choses à Dieppe puis en Angleterre.

Chapitre 23

Dans ce début de chapitre nous retrouvons une autre référence historique; la guerre de Sept Ans( 1756 -1763) qui débute en fait officieusement en 1955 et qui est considérée comme la première guerre de portée mondiale, la France et l’Angleterre se disputèrent le Canada

vous savez que ces deux Nations sont en guerre pour quelques arpens de neige vers le
Canada, et qu’elles dépensent pour cette belle guerre beaucoup plus que tout le Canada ne vaut

L’histoire de cet événement est très bien reprise dans le recueil du roi de Prusse Frédéric II , un amis de Voltaire et par de nombreux autres historiens tel que Johann Wilhelm von Archenholz ou bien plus récemment l’historien Edmond Dziembowski agrégé de l’Université Sorbonne IV qui a publié en 2015 un très bon livre ( La guerre de sept Ans  1756 – 1763 ) sur cet événement.

 

 

Frédéric II de Prusse et Voltaire – Bnf

 

Ils débarquèrent à Portsmouth, mais à la vue d’une exécution d’un Amiral Anglais pour l’exemple, Candide ne voulu pas accoster, ils se dirigèrent alors vers Venise, après un long voyage ils débarquèrent à Venise, c’est sur la Place Saint Marc que Candide rencontra Paquette et son  compagnon (Frère Girolée), elle lui raconta son histoire autour d’un dîner, son histoire qui s’avéra être aussi chaotique que celle de Candide.

 

Piazza San Marco,Venezia

Piazza San Marco,Venezia

 

Par le discours de Fère Girolée, Voltaire critique la mauvaise foi des abbés et la religion toute entière:

La jalousie, la discorde, la rage habitent dans le Couvent
Il est vrai que j’ai prêché quelques mauvais sermons qui m’ont valu un peu d’argent

Chapitre 25

Candide et Martin partirent chez un noble Vénitien nommé Pococurantè car ils avaient entendu dire que ce dernier était un homme fort accueillant, ils discutèrent longuement, Candide fut émerveillé par de si beau tableaux que le Sénateur possédait.

Ils sont de Raphael, dit le Sénateur ; je les achetai fort cher par vanité il y a quelques années ;
on dit que c’est ce qu’il y a de plus beau en Italie ; mais ils ne me plaisent point du tout

Cette phrase met en lumière un sujet qui est la vanité, sujet très largement répandu chez les philosophes antiques et du siècle des lumières.

Après ce débat Pococurantè voulu leur montrer sa bibliothèque et il s’attela à faire des critiques des livres que lui montrait Candide; de Homère en passant par Virgile ainsi que Horace, Aristote, puis Cicéron auquel il adresse une critique qui ouvre une nouvelle question philosophique et que Voltaire met ici prodigieusement en avant :

je me serais mieux accommodé de ses œuvres philosophiques, mais quand
j’ai vu quil doutait de tout, j’ai conclu que j’en savais autant que lui, et que je n’avais
besoin de personne pour être ignorant.

Le débat philosophique ici est: Peut-on douter de tout ? Est-ce que le monde est réel ? suis-je bien entrain de taper sur mon clavier ?Douter de tout, tout le monde le peut, mais si une personne conçoit le doute comme manière d’aborder la vie et qu’il dit: il est vrai qu’il faut douter de tout, il affirme donc qu’il faut douter de ce qu’il affirme. Socrate, Descartes, Nietzsche, Schopenhauer et d’autres philosophes ont rédigé des écrits sur la question.

Bibliothèque de Pococurantè

Bibliothèque de Pococurantè

Et Candide l’écoutait :

Candide qui avait été élevé à ne jamais juger de rien par lui-même,
était fort étonné de ce qu’il entendait

Candide adopte ici un comportent moutonnier sans trop de réflexion, Pococurantè va mettre en avant Sénèque dont dit-il une page ne vaut pas 3000 sermons.

Chapitre 26

Un soir dans une hôtellerie ils rencontrèrent Cacambo qui était devenu esclave, et qui leur dit que Cunégonde était à Constantinople, six étrangers qui s’avéraient être des Rois déchus (dont Théodore Roi de Corse) discutèrent avec eux, ils venaient tous pour le Carnaval de Venise.

Gravure allemande représentant Théodore 1er Roi des Corses, Il est entouré à droite de Luiggi de GIAFFERI, Général de la Nation en 1735, il sera nommé Régent du Royaume au départ du Roi, à droite Sebastianu COSTA

Gravure allemande représentant Théodore 1er Roi des Corses, Il est entouré à droite de Luiggi de GIAFFERI, Général de la Nation en 1735, il sera nommé Régent du Royaume au départ du Roi, à droite Sebastianu COSTA

Chapitre 27

Ils embarquent  avec Cacambo et son maître le Sultan en direction de Constantinople, et en repensant à Cunégonde il ressassa que tout était bien, Cacambo raconta que Dame Cunegonde avait changée et était devenue esclave, après avoir racheté Cacambo ils embarquèrent sur une galère ou ils trouvèrent le Baron et Pangloss qui n’étaient pas mort !

Est-ce un songe ? dit Candide ; veillai-je ? suis-je dans cette galère ?
Est-ce la Monsieur le Baron que j’ai tué ? est-ce la Maître Pangloss que j’ai vu pendre ?
— C’est nous-mêmes; c’est nous-mêmes, répondaient-ils

Ainsi Candide, Cacambo, Martin, Pangloss et le Baron partirent délivrer Cunégonde

Chapitre 28

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C’est la seule fois du livre où Voltaire  cite explicitement Leibniz.

Chapitre 29

Durant le trajet ils philosophèrent tous ensemble :

les événements contingents ou non contingents de cet Univers, qu’ils
disputaient sur les effets et les causes, sur le mal moral et sur le mal physique, sur la
liberté et la nécessité, sur les consolations que l’on peut éprouver lorsqu’on est aux
galères en Turquie

Tout les éléments renvoient à l’Essai de Théodicée de Leibniz, les protagonistes retrouvèrent Cunégonde et la Vieille et Candide s’empressa de les racheter. Candide et Cunégonde voulurent se marier mais le Baron resta inflexible.

Chapitre 30

Le chapitre trente est le dernier chapitre du conte et c’est sa conclusion, les trois philosophes proposèrent à Candide une solution au problème, il décida de le renvoyer aux galères sans en dire mot à Cunégonde, les juifs l’avait dépouillé de toutes ses richesses durant ses aventures, tous étaient désespérés et menaient une vie dennui et par le discours de la Vieille Voltaire pousse l’ironie à son paroxysme:

Je voudrais savoir lequel est le pire, ou d’être violée
cent fois par des Pirates Nègres[…] ou bien de rester ici a ne rien faire ?

Paquette et le frère Giroflée les rejoignirent, puis ils partirent consulter un Derviche (philosophe) qui ne leur parla pas très longtemps.

Je sais aussi, dit Candide, qu’il faut cultiver notre jardin. — Vous avez raison,
dit Pangloss ; car quand l’homme fut mis dans le jardin d’Eden, il y fut mis, ut operaretur
eum, pour qu’il travaillât ; ce qui prouve que l’homme n’est pas né pour le
repos. — Travaillons sans raisonner, dit Martin, c’est le seul moyen de rendre la
vie supportable

 

En rentrant ils trouvèrent un vieillard qui leur dit :

Vous devez avoir, dit Candide au Turc, une vaste et magnifique Terre ? — Je n’ai
que vingt arpents, répondit le Turc ; je les cultive avec mes enfants ; le travail éloigne
de nous trois grands maux, l’ennui , le vice et le besoin. »

 

Puis Pangloss lança une énième fois sa fameuse assertion et Candide conclut en ajoutant :

Cela est bien dit, répondit Candide, mais il faut cultiver notre jardin

Voltaire conclut son conte par la présente phrase  il faut cultiver nôtre jardin, et qui peut signifier plusieurs choses

Quelques possibilités pour analyser cette phrase :

  • Voltaire laisse le lecteur libre de s’approprier une conclusion
  • Voltaire cache un sens philosophique profond à l’assertion de Candide
  • Voltaire donne le sens littéral de la phrase à l’affirmation de Candide

Candide s’approprie le raisonnement du « bon »vieillard (qui a l’air heureux et riche) selon lequel il faut travailler pour éloigner de l’homme l’ennui , le vice et le besoin car l’ennui provient de l’inaction, le besoin d’argent (principalement) est comblé par les fruits du labeur le besoin de nourriture est supprimé car il a un accès gratuit à la nourriture qu’il produit, et le vice disparaît car il n’envie personne et n’est tenté de dérober des biens, ainsi le travail deviens une bonne action car il a des avantages.

Ainsi la culture du jardin dans son sens littéral renvoie au travail agricole, au travail de la terre et peux conduire au bonheur comme pour le vieillard. De plus à l’époque où Voltaire écrit son livre il a acheté le château de Ferney comme on l’a vu dans le contexte historique et il travaille de dix à quinze heures par jour, il fait des plantations, construit des maisons, fonde des manufactures de montres, de bas de soie, donne des représentations théâtrales, des repas ainsi que des bals. On peut néanmoins se demander si il n’y a pas d’autre sens dans cette affirmation que l’on peux concevoir en réalité comme une question, Martin apporte une réponse dans le fait que la culture du jardin serait le renoncement à la raison, au questionnement (la mort, pourquoi sommes nous là ? qui a créé tout çà ? la recherche de la vérité) et donc à la philosophie elle même, la culture du jardin serait un échappatoire vers un monde meilleur qui rendrait la vie plus supportable, elle serait peut être aussi une métaphore de la connaissance, il faut alors se cultiver c’est à dire cultiver notre esprit ce qui permet ainsi à Candide de détruire ses préjugés et de prendre son envol par rapport à Pangloss.

Fin du conte

PS : Si vous constatez quelconques erreurs n’hésitez pas à m’en faire part pour que je puisse corriger

Kevv

 

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