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Dans les grandes plaines des Pays bas se cultive depuis plusieurs siècles une plante à bulbe dont les fleurs aux couleurs resplendissantes en ont émerveillé plus d’un, ce fut le cas de Suleiman le Magnifique, grand monarque de l’Empire Ottoman du 15 ème siècle qui en tomba amoureux. Cette « herbe » que l’on appelle tulipe (tülbend en Turc) provient des hautes plaines d’Asie Centrale où sont concentrées à l’heure actuelle la moitié des variétés mondiales. Leur introduction en Hollande remonte au 16 ème siècle. D’après le musée de la tulipe à Amsterdam il s’agirait d’un botaniste nommé Carolus Clusius qui aurai ramené au pays Bas quelques bulbes gracieusement donné par son camarade De Busbecq qui travaillait à la court de l’empereur Ottoman, c’est ainsi qu’entra la tulipe aux Pays Bas et que le commerce commença.

 

 

Vers le début du 17ème siècle une frénésie oniomanique pour la Tulipe s’empara des hollandais, elle débuta vers la fin 1635 avec une augmentation conséquente du prix des tulipes et s’acheva par un crack en 1637. A cette époque la Hollande ( provinces Unis ) était considérée comme la plaque tournante du commerce mondiale et était par conséquent très riche.

En 1631, près des cinq sixièmes des trois cents personnages les plus riches d’Amsterdam étaient dans le commerce […] les plus prospères des marchands hollandais étaient, selon les critères du temps, incroyablement riches -Mike Dash

Le commerce des tulipes était à la base un commerce de luxe dont les spécimen les plus rares étaient réservés aux riches marchands hollandais. Pour rendre plus efficient le marché qui avait prit de l’ampleur, les fleuristes et horticulteurs hollandais proposèrent de vendre les tulipes à travers de contrats à terme, c’est à dire que le commerce se réalisait bien que le bulbe était en terre et n’avait pas encore fleurit, le prix était fixé avant la livraison et l’acheteur recevait un « billet » qui correspondait au reçu. Ainsi le marché pouvait être ouvert tout au long d’une année grâce à cette nouvelle possibilité d’achat prématuré (produit dérivé de type option). Et par la suite se forma ce que les économistes appelle un marché secondaire c’est à dire un marché d’occasion où il n’était plus question de savoir qui produisait les bulbes et où,  mais à quel prix ils s’échangeaient et si il était possible de faire une plus value en revendant ses billets. La spéculation financière sur les prix de certains bulbes conduisit le marché de la tulipe en 1637 vers des sommets et on alla même jusqu’à installer des clochettes dans les jardins pour repérer les voleurs …

De 5 200 guilders en 1636, le prix d’un seul bulbe de Semper Augustus passa à 10 000 guilders en janvier 1637 au plus fort de la spéculation, soit l’équivalent de 102 000 euros aujourd’hui – Christian Chavagneux 

L’introduction de garanties dans les contrats fit reculer la date fatidique mais finalement le crack se produisit en février/ mars 1637  de manière rapide avec des décôtent de plus de 98%…

Gouda tulip bulb prices in guilders. In the background- The Viceroy- one of the most expensive specimens depicted in a Dutch catalogue from 1637. A single bulb reached 3.000-4.200 guilders. A yearly salary of a skilled craftsman equalled approximately 300 guilders.

Gouda tulip bulb prices in guilders.
In the background- The Viceroy- one of the most expensive specimens depicted in a Dutch catalogue from 1637.
A single bulb reached 3.000-4.200 guilders.
A yearly salary of a skilled craftsman equalled approximately 300 guilders.

L’effondrement des prix provoqua la faillite de nombreux fleuristes et horticulteurs, cet événement est considéré comme la première bulle spéculative de l’histoire. En janvier 1638 après de nombreuses réclamations, une commission d’arbitrage fut crée pour trouver un terrain d’entente entre offreurs et demandeurs.

Documentaire en Allemand sur la crise des tulipes

 

De nos jours 

Après cette crise majeure le commerce reprit lentement, de nouvelles législations pour réguler le marché furent mises en place. La crise des tulipes à de nombreux point communs avec les autres crises contemporaines elle a mis en perspective le comportement irrationnel des agents économiques et ses effets sur la société dans son ensemble. Presque 4 siècles plus tard,  les Pays bas sont restés le premier producteur et exportateur mondial de tulipes (80%), elles sont échangées au Bloemenveiling Aalsmeer, une grande coopérative de 250 hectares qui regroupe plus de 7500 horticulteurs, c’est le plus grand marché mondial pour les fleurs.

Quelques livres sur le sujet/références: 

Tulipmania: Money, Honor, and Knowledge in the Dutch Golden Age  par Anne Goldgar

Famous First Bubbles: The Fundamentals of Early Manias par Peter M. Garbe

Tulipomania : The Story of the World’s Most Coveted Flower & the Extraordinary Passions It Aroused par Mike Dash

Une brève histoire des crises financières par Christian Chavagneux

Samper Augustus – Olivier Bleys

http://www.amsterdamtulipmuseum.com/

https://www.vastari.com/feature_detail.aspx?id=NCfux2Vdl38=

http://www.histoire.ac-versailles.fr/old/pedagogie/holland/economie-tulipe-fleurs.htm